L'Excellence de la Parole : Un Cheminement Spirituel
- ecmbordeaux
- 20 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 déc. 2025
Dieu a doté l’être humain d’une parole à double tranchant : elle peut guérir ou déchirer, ouvrir un cœur ou le briser.
Notre Prophète (paix sur lui) a élevé la parole au rang d’adoration :
الكلمة الطيبة صدقة
« La parole bienveillante est une aumône. » (Al-Bukhârî)
Et le Coran en fait un commandement :
وَقُولُوا لِلنَّاسِ حُسْنًا
« Et parlez aux gens avec bienveillance. » (Sourate Al-Baqarah, 83)
Pourtant, cette adoration silencieuse, personne ne nous l’enseigne.
À nous de la cultiver intérieurement, et surtout de la transmettre à nos enfants, dans un monde où la violence verbale se banalise, où le racisme s’affiche sans honte, et où l’agressivité numérique est devenue la norme.
Face à ce déluge, comment résister sans devenir violent à notre tour ?
Comment placer la bienveillance au centre de nos relations ?

La réponse est dans notre foi.
Bien communiquer est une finalité religieuse, comme le rappelle le Coran :
إِلَيْهِ يَصْعَدُ الْكَلِمُ الطَّيِّبُ وَالْعَمَلُ الصَّالِحُ يَرْفَعُهُ
« Vers Lui monte la bonne parole, et l’action vertueuse l’élève. » (Sourate Fâtir, 24)
قَوْلٌ مَّعْرُوفٌ وَمَغْفِرَةٌ خَيْرٌ مِّن صَدَقَةٍ يَتْبَعُهَا أَذًى
« Une parole de bonté et un pardon surpassent une aumône suivie d’un tort. » (Al-Baqarah, 263)
Le Prophète (paix sur lui) en a fait une définition du musulman :
المسلم من سلم المسلمون من لسانه ويده
« Le musulman est celui dont les gens sont à l’abri de sa langue et de sa main. »
Bien communiquer est donc une vertu qui ne s’improvise pas.
Elle s’apprend, se travaille, et demande une vigilance de chaque instant.
Car souvent, ce ne sont pas les grands événements qui brisent les liens, mais les petites paroles répétées, jamais réparées, ces micro-blessures invisibles qui détruisent lentement la confiance.
Ainsi, Dieu nous appelle non seulement à une parole correcte, mais à son excellence :
وَقُل لِّعِبَادِي يَقُولُوا الَّتِي هِيَ أَحْسَنُ
« Dis à Mes serviteurs de dire ce qui est meilleur. » (Sourate Al-Isrâ’, 53)
Dire « ce qui est meilleur » exige du discernement, de la finesse, une écoute du contexte et des cœurs. C’est un exercice spirituel de chaque instant.
Mais nous avons une faiblesse : Notre cerveau fabrique instantanément des interprétations, colle des étiquettes et juge sur les apparences.
Et cela ouvre grandes les portes à Chaytan :
إِنَّ الشَّيْطَانَ يَنزَغُ بَيْنَهُمْ
« Car Chaytan s’insinue pour semer la discorde entre eux. » (Al-Isrâ’, 53)
En tant que croyants, nous devons être extrêmement vigilants face à ce piège.
D’autant plus que nous avons hérité d’une culture religieuse fondée sur le jugement et le séparatisme.
La diversité des interprétations a parfois donné lieu malheureusement à du séparatisme théologique et juridique.
Sous prétexte de défendre la vérité, on étiquette les gens : salafi, coraniste, maliki, soufi, mutazili …On finit par parler à l’étiquette, et non à la personne.
Cela conduit à une lecture soupçonneuse de l’autre, fermement condamnée par le Coran :
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اجْتَنِبُوا كَثِيرًا مِنَ الظَّنِّ إِنَّ بَعْضَ الظَّنِّ إِثْمٌ
« Ô vous qui croyez, évitez de trop conjecturer, car une partie des conjectures est un péché. » (Sourate Al-Hujurât, 12)
Alors même que la finalité de la religion est de renforcer la cohésion sociale et familiale, nous nous retrouvons avec des liens brisés — non à cause des faits ou des divergences de spécialistes — mais à cause des jugements hâtifs que nous portons les uns sur les autres.
Nous devons donc apprendre à voir l’humain avant l’étiquette, à chercher ce qui unit avant ce qui divise.
Mais pour y parvenir, nous devons forger en nous un automatisme réparateur, inspiré du Coran et de la Sunna, qui s’appuie sur des piliers bien précis.
Le premier et plus fondamental de ces piliers est celui-ci :
« مَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ فَلْيَقُلْ خَيْرًا أَوْ لِيَصْمُتْ »
« Que celui qui croit en Allah et au Jour Dernier dise du bien… ou garde le silence. »
Il ne s’agit pas d’une simple politesse, mais d’une discipline spirituelle de la parole.
Ce hadith nous apprend à instaurer une pause entre ce que nous ressentons et ce que nous exprimons.
C’est le premier geste d’une communication qui cherche à guérir plutôt qu’à blesser, à unir plutôt qu’à diviser.
Interposer entre la pensée et la parole, un instant de suspension.
Cela permet de laisser retomber l'émotion immédiate pour choisir, en pleine conscience, soit une parole bénéfique, soit la sagesse du silence.
C’est ce nous enseigne également le Prophète dans ce récit rapporté par Al-Bukhari et Muslim :
Un bédouin est entré dans la mosquée et s'est mis à uriner. Les Compagnons se levèrent pour l’interpeller violemment.
Le Prophète ﷺ dit : ««لَا تُزْرِمُوهُ، دَعُوهُ» —« Ne l'interrompez pas, laissez-le. ».
Puis il explique calmement : ces mosquées ne sont pas faites pour cela. Elles sont faites pour le rappel d’Allah, la prière et la lecture du Coran. » Puis il ordonna à un homme parmi l’assistance d’apporter un seau d’eau et de le verser sur l’endroit souillé.
Le Prophète (paix sur lui) opère ici une séparation essentielle : il dissocie l'acte inapproprié du jugement porté sur la personne.
Il ne s’exclame pas : « C’est un irrespectueux ! » mais comprend plutôt : « Cet homme ne sait pas. » il décrit la situation sans étiqueter, sans prêter de mauvaises intentions, puis, avec pédagogie, il enseigne au bédouin, avec clarté et douceur, la véritable nature et le rôle sacré de la mosquée.
Touché par cette bienveillance, l'homme s'écria : « Ô Allah, fais miséricorde à moi et à Muhammad... et à personne d'autre ! »
La sagesse et la douceur avaient créé un lien là où la réaction impulsive n'aurait produit que de la honte et de l’éloignement.
Cette leçon trouve un écho profond dans un autre enseignement:
« إِنَّكُمْ لا تَسَعُونَ النَّاسَ بِأَمْوَالِكُمْ، وَلَكِنْ يَسَعُهُمْ مِنْكُمْ بَسْطُ الْوَجْهِ وَحُسْنُ الْخُلُقِ »
« Certes, vous ne pourrez combler les gens par vos biens matériels.
Mais ce qui peut les combler de votre part,
c’est un visage rayonnant et un noble caractère. »
Le Prophète ﷺ nous rappelle ici une vérité libératrice : nos moyens financiers sont limités, mais nous possédons tous une richesse infinie à partager :
👉 Un visage accueillant
👉 Une écoute sincère
👉 Une parole apaisante qui élève et préserve la dignité
👉 Et un comportement juste.
Ce sont là les piliers d'une communication qui répare et unit, et que nous explorerons incha’Allah ensemble dans nos prochains discours.
Que Dieu nous aide.



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