Assiya : Une foi qui construit
- ecmbordeaux
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Aujourd’hui, face aux discours qui marginalisent, caricaturent ou enferment, la tentation est grande de se replier sur soi, de se durcir ou de se vivre uniquement comme victime.
Mais le Coran ne nous apprend pas à fuir la réalité. Il nous apprend la dignité, la responsabilité et la force intérieure.
Le Coran ne nous présente pas des croyants idéaux vivant dans des mondes parfaits. Il nous parle d’hommes et de femmes justes, plongés dans des contextes violents, injustes, parfois toxiques, et qui, armés de leur foi, parviennent à transformer leur réalité.

Parmi ces figures, il y a une femme que le Coran cite explicitement comme exemple pour les croyants : Assiya, la femme de Pharaon.
﴿وَضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا لِّلَّذِينَ آمَنُوا امْرَأَتَ فِرْعَوْنَ﴾
« Et Allah a cité en exemple pour ceux qui croient la femme de Pharaon »(At-Tahrîm, v. 11)
Assiya vivait au cœur de l’environnement le plus toxique et le plus corrompu qui soit, dans le palais d’un tyran qui prétendait à la divinité et qui disait sans trembler :« Je suis votre seigneur suprême. »
Tout autour d’elle invitait à la compromission, au silence ou à la peur. Elle aurait pu se dire : je n’y peux rien. Elle aurait pu cacher sa foi, préserver sa position, fermer les yeux.
Mais Assiya fait un autre choix. Elle refuse de laisser la violence façonner son cœur et choisit l’alliance intérieure avec Dieu.
Elle adresse à Dieu cette prière :
﴿رَبِّ ابْنِ لِي عِندَكَ بَيْتًا فِي الْجَنَّةِ وَنَجِّنِي مِن فِرْعَوْنَ وَعَمَلِهِ وَنَجِّنِي مِنَ الْقَوْمِ الظَّالِمِينَ﴾
« Seigneur, construis-moi auprès de Toi une demeure au Paradis, sauve-moi de Pharaon et de ses œuvres, et sauve-moi des gens injustes. »(At-Tahrîm, 66 : 11)
Dieu exaucera sa prière et protégera son cœur de l’injustice et de la corruption, la maintenant dans la paix et la droiture.
Un jour, lorsque le tyran ordonne l’extermination des nouveau-nés mâles des enfants d’Israël, Assiya prend son courage à deux mains et intervient auprès de son mari pour arracher un bébé à la mort.
﴿وَقَالَتِ امْرَأَتُ فِرْعَوْنَ قُرَّتُ عَيْنٍ لِّي وَلَكَ ۖ لَا تَقْتُلُوهُ عَسَىٰ أَن يَنفَعَنَا أَوْ نَتَّخِذَهُ وَلَدًا﴾
« Cet enfant sera une source de joie pour moi et pour toi. Ne le tue pas. Il pourrait nous être utile, ou nous pourrions l’adopter comme notre fils. »
Mais son engagement ne s’arrête pas là. Elle transforme ce geste de résistance en projet de long terme. Elle s’engage à éduquer cet enfant, à le former, à le protéger.
Cet enfant deviendra Moussa,l’homme qui osera se tenir debout face à Pharaon pour lui dire :
﴿حَقِيقٌ عَلَىٰ أَن لَّا أَقُولَ عَلَى اللَّهِ إِلَّا الْحَقَّ﴾
« Je suis venu à vous avec une preuve évidente. Laisse partir avec moi les Enfants d’Israël. »(Sourate Al-A‘râf, v. 105)
Assiya, dans l’ombre d’un palais où régnait l’injustice, aura ainsi préparé la libération de tout un peuple.
À travers ce récit, le Coran nous révèle une vérité essentielle : lorsqu’il n’est pas possible d’arrêter immédiatement l’injustice, il reste toujours possible de sauver son âme et de préserver sa conscience.
Même lorsque tout semble oppressant et sans issue, la foi authentique demeure une lumière au cœur des ténèbres.
La foi véritable ne se limite pas à la prière, au jeûne ou aux récitations. Elle agit, même dans les contextes les plus extrêmes. Elle ne se cache pas derrière les excuses. Elle poursuit des finalités nobles et universelles.
Le Coran nous appelle à ne pas laisser l’environnement nous définir, à nous libérer intérieurement, à nous attacher à Dieu…et à transformer notre foi en actes de droiture, de réparation et d’espérance.
Que Dieu nous aide.



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