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Les quatre piliers de la communication bienveillante

 أَلَمْ تَرَ كَيْفَ ضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا كَلِمَةً طَيِّبَةً كَشَجَرَةٍ طَيِّبَةٍ أَصْلُهَا ثَابِتٌ وَفَرْعُهَا فِي السَّمَاءِ تُؤْتِي أُكُلَهَا كُلَّ حِينٍ بِإِذْنِ رَبِّهَا


Dans le verset 24 de la sourate Ibrâhîm, le Coran compare la bonne parole à un bel arbre : ses racines sont profondément ancrées, sa ramure s’élève vers le ciel et ses fruits nourrissent sans cesse.


La parole bonne et juste n’est pas une arme pour triompher dans les débats, mais une racine qui plonge dans la foi en Dieu, le Clément, le Miséricordieux, et une branche qui s’élève pour relier au Divin et renforcer le lien entre les humains.


﴿ تُؤْتِي أُكُلَهَا كُلَّ حِينٍ بِإِذْنِ رَبِّهَا ﴾

La bonne parole produit  des fruits, en tout temps,

par la permission du Seigneur.


La parole noble est féconde car elle tisse des liens durables. Ces liens rendent les personnes plus heureuses, plus fortes face aux épreuves, et capables d’avancer ensemble vers le bien.



Mais comment, concrètement, faire vivre cette parole noble au quotidien ?


Première clé : décrire sans juger.  S’attacher aux faits tels qu’ils sont, sans accusation, sans jugement. Le jugement qui réduit l'autre à une étiquette ferme le cœur, .


Deuxième clé : partager sans blâmer. Remplacer le "Tu" accusateur par un "Je" responsable qui exprime ce que je ressens.


Troisième clé : comprendre avant de conclure. Chercher, derrière un comportement, le besoin profond, la fragilité et l’intention noble qui peut s’y cacher. 


Quatrième clé : Dire ce que l'on souhaite, sans contraindre. Formuler une demande claire sans imposition : C'est ainsi que l'on responsabilise l'autre et qu'on ouvre la voie à la coopération.


Ces quatre clés ne sont pas de simples idées théoriques : le Prophète les a incarnées dans des moments de grande tension pour faire triompher la paix.


Hudaybiyah en est un exemple frappant.


En l’an 6 de l’Hégire, le Prophète ﷺ quitte Médine avec ses compagnons, sans armes de guerre, animé d’une intention claire et pacifique : accomplir le petit pèlerinage à La Mecque.


Craignant une perte de prestige et d’autorité, les Quraysh lui interdisent l’entrée et bloquent la route à Hudaybiyah, aux portes de la ville sainte.


Après de longues et éprouvantes négociations, le Prophète parvient à faire signer un  pacte de paix d’une durée de dix ans aux Mecquois. 


Pour gagner la paix, le Prophète a accepté de faire de lourdes concessions. Aux yeux des compagnons, les clauses du pacte semblent injustes, presque humiliantes : cette année, ils doivent repartir sans accomplir le pèlerinage et accepter des conditions qui blessent leur dignité. Le choc est immense.


Blessés, frustrés, ils se sentent rabaissés. Et lorsque le Prophète ﷺ leur demande, par trois fois, de sacrifier leurs bêtes et de se raser la tête pour marquer la fin du pèlerinage, aucun ne se lève : ils restent immobiles, manifestant ainsi leur refus d’obéir.


C’est alors que le Prophète ﷺ mobilise les quatre clés de la communication constructive.


Premièrement, il observe le fait sans jugement : les compagnons refusent d’obéir : Il ne les accuse ni d’hypocrisie, ni de rébellion, ni d’ingratitude.


Deuxièmement, il ne force pas et ne les menace pas. Il accueille leur peine et comprend que leur silence est l’expression d’une blessure, non d’un refus d’obéissance.


Troisièmement, il entend les besoins profond qui se cachent derrière leur réaction : le besoin d’être reconnus, que leur dignité soit respectée, et que leur sacrifice retrouve un sens.


Quatrièmement, après avoir consulté son épouse Umm Salama, le Prophète pose un acte clair et juste, qui répond à son désir de paix et de réconciliation.


Sans un mot de reproche, il se lève, sacrifie lui-même sa bête et se rase la tête le premier.


En voyant cela, les compagnons comprennent soudain, et l'émotion les submerge. D'un seul élan; ils se lèvent et se précipitent pour accomplir le rite, au point de se raser les uns les autres dans la bousculade.


Ce jour-là, le Prophète ﷺ nous enseigne que la force véritable n’est pas d’imposer, mais d’apaiser, de comprendre, et de guider avec sagesse.


Et Hudaybiyah nous apprend alors une leçon décisive : la plus noble des éloquences : une parole en actes, qui préserve le lien, construit et élève sans blesser.


Le Coran révéla ensuite : ﴿ إِنَّا فَتَحْنَا لَكَ فَتْحًا مُّبِينًا ﴾ « Nous t’avons accordé une victoire éclatante. »


Conclusion : 

Chers frères et sœurs, en France, nous faisons face à un double défi : beaucoup peinent à construire un couple, et un mariage sur deux s’achève par un divorce. et même entre croyants, ou entre collègues au travail, la parole divise parfois plus qu’elle ne réunit.


Dans ce contexte, parler de manière bonne et juste n’est pas un détail : c’est un art dont nous avons urgemment besoin, dans un monde qui parle beaucoup… mais qui se comprend de moins en moins.


Plutôt que d’attendre que les crises éclatent pour tenter de réparer, passons à une démarche préventive et éducative. Inspirons-nous d’initiatives menées, par exemple, en Malaisie ou en Indonésie, où la préparation au mariage inclut un apprentissage concret de la communication bienveillante.


Mettons en place des Ateliers du Lien Conjugal : formons les parents, les jeunes et les imams aux bases de l’écoute et du dialogue ; organisons des rencontres-témoignages avec des couples expérimentés ; accompagnons avant que les blessures ne deviennent des ruptures.


Car la noblesse d’un croyant se mesure dans l’intimité de sa famille : « Le meilleur d’entre vous est le meilleur envers sa famille », nous enseigne le Prophète.


Agissons dès maintenant pour que nos foyers deviennent les premières écoles de la parole juste et du lien préservé et que notre société devienne plus harmonieuse.

C’est, sans doute, le meilleur investissement pour notre avenir commun.

Que Dieu nous aide.


 
 
 

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