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C’est quoi la religion ?

Adam : Ustadh… j’ai une question un peu brute. On parle beaucoup de religion, mais… On commence rarement par la base. Avant même de dire « c’est quoi la religion », est-ce qu’on ne devrait pas plutôt demander : « c’est quoi l’Homme ? »


Ustadh Jassim : Tu mets le doigt sur quelque chose d’essentiel, Adam. 

Parce que si on ne sait pas qui est l’homme…comment pourrait-on comprendre ce qu’est la religion ?

L’homme, ce n’est pas juste un corps qui mange, qui dort, qui se reproduit et qui meurt. S’il était seulement ça, il ne vaudrait guère plus qu’un animal..

Adam : Oui effectivement, L’animal ne porte en lui aucun désir de s'émerveiller devant  un paysage, ni de contempler les étoiles,  ni de goûter à un plaisir intellectuel.  Il ne s’inquiète pas du lendemain, ne cherche pas à comprendre le monde, ne pense pas au-delà de sa survie.  Il ne se représente pas des êtres invisibles, comme les démons ou les anges,  il ne demandera jamais : « Qui a créé ce monde ? Existe-t-il un autre monde ? Qu’adviendra-t-il de moi après ma mort ?  ».

Guidé par ses instincts,  il n'a aucune boussole morale du bien et du mal.


Ustadh Jassim : Mais l’homme, lui, ne peut vivre sans religion. Même s’il prétend le contraire. Car la religion, dans son sens profond, c’est ce besoin brûlant de s’élever au-dessus de la matière, c’est cette tendance naturelle à donner du sens au monde. Ce qui distingue l’homme de l’animal ou de la matière, c’est cette capacité à rêver, à espérer, à imaginer, à chercher le sens, à toucher l’invisible. Et c’est là que naît l’élan spirituel.


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  Adam : C’est vrai. Mais est-ce qu’on peut vivre sans religion ?


Ustadh Jassim : Peut-on vivre sans chercher de sens ? Sans se demander pourquoi on souffre, pourquoi on aime, pourquoi on meurt ? La religion, au fond, avant d’être un dogme ou un rituel, c’est cette part de toi qui veut comprendre ce qu’il y a au-delà du visible.


Adam : Mais… La science ne suffit-elle pas ? Elle explique beaucoup de choses.


Ustadh Jassim :  Elle explique comment. Mais elle ne dit rien sur le pourquoi. Elle peut te décrire la matière, pas t’expliquer pourquoi tu pleures en regardant un tableau ou pourquoi tu te sacrifies pour quelqu’un. Même les grands savants commencent par des hypothèses, des intuitions. Une part d’invisible est là aussi.


Adam :  Donc… même la science commence avec une sorte de foi ?


Ustadh Jassim :  Exactement. L’être humain ne peut s’empêcher de croire, de rêver, de chercher. Il commence toujours par des hypothèses non prouvées. Une confiance dans l’ordre du monde, dans la raison, dans l’observation. Ce sont des actes de foi méthodiques. Descartes, dans ses méditations, n’a trouvé qu’une seule certitude de départ : « Je doute, donc j’existe. » Et Newton, sans un ensemble d’hypothèses posées au départ, n’aurait jamais pu bâtir la physique moderne.  Il en va de même pour Einstein.


Adam :  Qu’en est-il du modèle de l’univers, de sa matière, de son origine ? 


Ustadh Jassim :  Tout cela repose sur des conjectures soutenues par des modèles mathématiques. Car ce que le public pense de la science — un savoir purement visible, mesurable, palpable —  n’est qu’une illusion partielle. La science est une construction mentale qui commence toujours par un pari. Le monde selon Newton n’est pas le même que celui de la physique quantique d’Einstein.


Adam :  Dans les sciences naturelles et la mécanique quantique, c’est pareil alors ?


Ustadh Jassim :  Oui, l’homme ne cesse de projeter du sens, de poser des questions qui dépassent la matière. La méthode scientifique repose sur l’induction incomplète : elle généralise des résultats, en supposant que les mêmes conditions produisent les mêmes effets. Croire à l’existence de l’électron, du quark, ou à la gravité,  ce sont autant de postulats admis pour pouvoir avancer.


Adam : Alors, la religion… ce n’est pas forcément croire en un Dieu Créateur ?


Ustadh Jassim :  Non. C’est d’abord le nom que l’on donne à cette soif d’absolu, ce besoin d’élévation, ce refus de n’être qu’un corps qui consomme et disparaît. 


Adam : Et ceux qui rejettent toute religion ?


Ustadh Jassim :  Ils inventent la leur : une idéologie, un idéal, un art de vivre. L’homme est, par nature, un être religieux. Il a besoin de sens comme il a besoin d’air.  C’est sa disposition originelle, sa "fitra", sa quête la plus profonde. Donc même si on le nie… on est tous, quelque part, religieux même sans temple ni prière. Parce qu’au fond de nous, il y a cette voix qui nous pousse à demander : « Qui suis-je ? Pourquoi suis-je là ? Et que restera-t-il de moi ? » 


Adam :   Je crois que je comprends.


Ustadh Jassim : La religion, c’est peut-être le nom qu’on donne à l’écho du mystère en nous. Et cet écho… c’est cela, notre humanité. La religion, au sens noble, celle qui voit au-delà du monde sensible, et vit même au cœur des sciences dites "matérielles",


Adam : Reste ensuite une question personnelle : Quelle voie choisir parmi les religions ? Comment nommer cette foi ?


Ustadh Jassim :  Tous les êtres humains cherchent, au fond, la même chose : la vérité, le sens de la vie, le bien, la justice, la paix intérieure, la cohérence.

Que l’on soit croyant, agnostique, scientifique, artiste ou militant, on veut tous comprendre ce qui est vrai, ce qui est juste, ce qui est bon. C’est universel. 


Certains vont dire : 

  • « Je crois ce que je peux prouver par la science. » → Leur critère, c’est la vérification expérimentale.

  • D’autres : « Je crois ce que je ressens profondément dans mon cœur. » → Leur critère, c’est l’intuition spirituelle.

  • D’autres encore : « Je crois ce que dit ma religion, car elle a fait ses preuves dans l’histoire et dans ma vie. » → Leur critère, c’est la Révélation et l’expérience vécue.


Nous avons tous faim de sens. Mais nous choisissons des chemins différents pour atteindre ce sens, parce que nos critères pour juger ce qui est vrai ne sont pas les mêmes.


Adam :  Alors Ustadh, si chacun a sa manière de croire, selon ses critères… est-ce qu’il existe une vérité universelle, ou bien tout se vaut ?


Ustadh Jassim : Très bonne question, Adam. Tous les chemins ne se valent pas… mais toutes les quêtes sont précieuses. Ce qui compte, c’est la sincérité de la recherche, la droiture du cœur, l’honnêteté envers soi-même. La vérité, Adam…ce n’est pas un objet que l’on fabrique, c’est une réalité que l’on découvre quand on se libère de l’orgueil, des illusions et du bruit.


Adam :  Mais comment savoir si une voie est vraie ? Comment discerner ?


Ustadh Jassim : Observe : Est-ce qu’elle t’élève ? Est-ce qu’elle t’adoucit sans te rendre faible ? Te rend-elle plus juste, plus humble, plus responsable ? Est-ce qu’elle éclaire ton cœur et ta raison à la fois ? Une vraie religion ne te déconnecte pas du monde : elle te donne les moyens de l’habiter avec sens.


Adam : Je crois que je commence à comprendre. La religion, ce n’est pas une identité qu’on hérite… C’est un chemin qu’on choisit de vivre.


Ustadh Jassim : Exactement. Et ce chemin commence souvent par une question vraie, une douleur sincère, ou un silence profond. Mais une chose est certaine : Ceux qui cherchent avec loyauté… trouvent toujours.



 
 
 

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